La ligne E et la ligne D

Les études de la ligne E condamnent le mode Tramway pour la ligne D et imposent le TramBus.

Du Trans’CUB sur toute la ligneTRAMWAY L’association invoque un rapport de la métropole pour réclamer à nouveau l’abandon
du tramway sur la ligne D entre Bordeaux et Eysines

Denis Teisseire et ses camarades deTrans’CUB étaient hier matin
d’humeur guillerette pour leur conférence de presse à la station Quinconces
du tramway. Un bonheur dû à la lecture d’un ouvrage de 450 pages.
Pas un roman d’été, non. Une étudedu cabinet Systra sur la future ligne
E entre Bordeaux et Saint-Aubin-de-Médoc via Caudéran, le Haillan et
Saint-Médard-en-Jalles, l’actuel tracéde la liane 3. Évoquant « un coup
de tonnerre », les limiers deTrans’CUB ont découvert que ce rapport
concluait à « une absence de rentabilité » de la desserte par un
tramway et à la rentabilité du projet en trambus, véhicule qui combine la
modernité du tramway avec la légèreté(notamment financière) du bus.
« L’étude annonce une fréquentationde 1 350 voyageurs en heure de
pointe alors qu’il en faut le double pour qu’un tramway soit rentable »,
explique Jacques Dubos, le président de Trans’CUB.


Et pour Denis Teisseire, ce rapport sur la ligne E est en fait une cartouche
de chevrotine tirée sur la ligne voisine, la D (de Bordeaux à Eysines
via Le Bouscat et Bruges),puisque l’enquête d’utilité publique
évoquait une fréquentation encore plus faible de 1 100 voyageurs.
« En commandant cette étude sur la ligne E, Bordeaux Métropole vient
elle-même d’enterrer définitivement son projet de tramway ligne D »,
s’exclame le fondateur de Trans’CUB.La date de la conférence de presse,
hier matin, ne devait évidemment rien au hasard.
Mardi après-midi, la cour administrative d’appel examinera en effet le
recours déposé par Bordeaux Métropole contre le jugement du tribunal
administratif d’octobre dernier (lire ci-dessous) annulant la déclaration
d’utilité publique de la ligne D.« Sans attendre l’audience ni l’arrêt,
Bordeaux Métropole doit renoncer au tramway sur cette ligne D et y proposer
la desserte par un trambus, poursuit Denis Teisseire. Le trambus
coûte 5 millions d’euros au kilomètre, le tramway quatre fois plus
cher. Les élus veulent tous le tramway pour leur commune mais, dans
cette soif de prestige, ils oublient l’usager qui ne demande qu’une
chose : avoir un transport confortable,régulier, rapide et efficace. Ce
que fait parfaitement bien le trambus.


Et Denis Teisseire de brandir les images d’un prototype récent, réalisé
par l’entreprise Van Hool, où, en effet, il n’y a plus grand-chose de commun
avec le bus tel qu’on le connaît actuellement.
Sauf que ses arguments ne convainquent pas du tout les élus
métropolitains. À commencer par Christine Bost, maire d’Eysines et
vice-présidente de la métropole, très remontée contre Trans’CUB.
« Ce que déclare Denis Teisseire à propos des élus est méprisant. Je ne
veux pas le tramway par caprice, je le réclame parce que c’est le moyen le
plus efficace de desservir le quadrant nord-ouest qui a connu une très forte
progression démographique. La ligne E n’est que la reconfiguration de la
liane 3 et le bus à haut niveau de services est certes moins cher à
l’investissement qu’un tramway mais qu’en est-il pour le coût de fonctionnement?
Quant aux prévisions detrafic, quelles étaient-elles quand on
a lancé les lignes A, B et C? Aujourd’hui, la fréquentation est telle
qu’il faut même mettre en place des terminus partiels. »
« Après avoir réclamé le tramway dans les années 90, Trans’CUB ne fait
aujourd’hui que répéter qu’il s’agit d’un mode de déplacement fini et
qu’il ne faut que du trambus, contorsion sémantique pour désigner le bus
à haut niveau de services, estime de son côté Michel Labardin, vice-président
délégué au tramway. Je me méfie de cette monoculture BHNS. Il
en faut bien sûr mais il faut aussi dutramway. »

Tout comme son homologue d’Eysines, Michel Labardin refuse de
pronostiquer la décision que prendront les magistrats de la cour administrative
d’appel. « Nous aviserons une fois la décision connue. » Mais
les deux vice-présidents, s’appuyant sur les déclarations d’Alain Juppé,
assurent que le tramway, sur la ligne D, même s’il prend un nouveau coup,
ne sera pas déclaré mort.
« Pour Denis Teisseire, ce rapport sur la ligne E est en fait une cartouche de
chevrotine tirée sur la ligne voisine, la D » ■

 


La longue histoire de deux projets très controversés
TRAM-TRAIN ET LIGNE D Polémiques, coups de gueule… Les deux lignes n’ont jamais fait
l’unanimité

L e feuilleton tient en haleine les habitants de l’agglomération
depuis une dizaine d’années et rien ne dit qu’il connaîtra son épilogue
dans les prochains jours.
La création d’une quatrième ligne de tramway assurant la desserte du quadrant
nord-ouest est évoquée dès 2005. À l’époque, l’idée d’un passage
par la rue Fondaudège est déjà dans l’air. Deux ans plus tard, la CUB lance
officiellement des études.
Très vite, la rue Fondaudège s’embrase. Les opposants, principalement
des commerçants craignant les deux années de travaux et les difficultés
d’accès pour leur clientèle motorisée, sont les premiers à entrer
en scène. Les « Oui au tram », qui regroupent essentiellement des riverains,
ne tardent pas à leur emboîter le pas. Réunions, pétitions, manifestations,
coups de gueule… L’avenir de la rue devient l’un des enjeux des
élections municipales de 2008. Les études engagées par la collectivité
livrent leur verdict en 2009. Le corridor nord, qui passe par la rue Fondaudège
et la barrière du Médoc, s’impose devant le tracé sud, via la
rue de la Croix-Blanche et la barrière Saint-Médard.
Du retard puis un coup d’arrêt
Mais tout n’est pas encore réglé. En 2010, la CUB annonce que le chantier,
prévu en 2011, est repoussé de trois ans pour des raisons financières
mais aussi afin de mieux préparer les travaux. Cette décision relance les 

débats autour de l’opportunité de créer cette ligne rue Fondaudège. Les
opposants déposent des recours, évoquent une « concertation biaisée ».
L’enquête publique débute néanmoins en 2011 et, en septembre de
cette même année, elle reçoit un avis favorable.
La station Cracovie, où passera le tramtrain, est prête.
Les travaux doivent alors être lancés début 2014 mais une nouvelle polémique,
sur fond de calendrier électoral, apparaît en 2013. Conscient du
mécontentement que suscite le projet de tramway rue Fondaudège,
Alain Juppé souhaiterait, selon l’opposition, que les travaux ne débutent
pas avant le scrutin municipal…
Finalement, ils ne débuteront jamais.
Saisi par un collectif d’associations, dont Trans’CUB, le tribunal administratif
annule le 23 octobre dernier la déclaration d’utilité publique (DUP)
de la ligne D au motif que « le projet présente des lacunes qui ne sont pas
anecdotiques concernant son évaluation économique ». La CUB, devenue
depuis Bordeaux Métropole, fait évidemment appel. L’audience est fixée
à mardi prochain.
Le tram-train attend son heure
Ce jour-là, les juges examineront aussi le projet de tram-train du Médoc,
dont la DUP a également été retoquée le 23 octobre.
Cette ligne, chère à l’ancien maire de Blanquefort et ex-président de la
CUB Vincent Feltesse, est, elle, bien plus avancée. Entamés à l’automne
2012, les travaux de ce tram-train qui desservira, sur 7,2 km, Bordeaux, Le
Bouscat, Bruges et Blanquefort, sont quasiment terminés.
Si ce projet a suscité moins de polémiques que celui du tram D,
Trans’CUB formule des critiques similaires : un nombre de voyageurs
surestimé par la CUB, un taux de rentabilité faible et des gains de temps
insuffisants.
Dernier écueil : la mise en service de la ligne, initialement prévue cette
année, a été reportée de deux ans suite à une demande de la SNCF, qui
souhaite s’assurer que la sécurité est assurée aux passages à niveaux.
Olivier Saint-Faustin ■
 

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